Absinthe

Aujourd’hui j’ai reçu mon absinthe
Quel bonheur !… – D’accueillir en mon antre la fée des boissons alcoolisées !

Aujourd’hui j’ai reçu mon absinthe
J’en rêvais depuis de si nombreuses – et de si longues années !

Aujourd’hui j’ai reçu mon absinthe
J’ai hâte de goûter – à ce breuvage halluciné
Depuis que, adolescent, – j’ai humé le doux parfum des fleurs du mal

Enfin ! la voici cette absinthe !
Posée telle un trophée – sur mon comptoir en bois épais
Absinthe Angélique Verte Suisse – 70cl
Quel doux nom elle porte mon absinthe !
Le nom d’un ange féminin !
Plein de douceurs et de promesses.
Quel bonheur pour moi qui porte – l’état civil de l’archange de l’apocalypse !

Et la suisse…
N’y a-t-il pas d’endroit plus rêvé – pour s’adonner à l’ultime flânerie des sens ?

La voilà mon absinthe
La tentation est si forte
Mais mon code de conduite – m’empêche de m’enivrer tout seul
Alors j’attendrais pour la déguster
J’attendrais d’être avec mes proches, – ma famille de cœur
J’attendrais d’être avec mes proches, – ma famille d’esprit
J’attendrais d’être avec mes proches, – ma famille des sens.

Elle est si belle mon absinthe
Il parait qu’au bout de deux verres, – on sent déjà ses effets
Il parait que certains en en buvant – ont oublié qui ils étaient
Il parait même que les auteurs – du siècle dernier en buvait
Leurs écrits étaient si clairs et si passionnés
Je comprend maintenant pourquoi aujourd’hui les poètes – sont si sombres et désabusés
Ils n’ont pas bu leur verre d’absinthe !

La voilà enfin mon absinthe
J’ai hâte d’y goûter
En compagnie de mes amis, – vaillants corsaires des temps modernes
Il parait que certains en en buvant – ce sont identifiés à des anges, des animaux, et d’autres êtres

hallucinant…

J’aimerais tant être un tigre,
seigneur des animaux
Au pelage orange vif strié de noir,
au corps puissant et élancé, !
au rugissement terrifiant
aux yeux émeraudes
aux crocs et aux griffes démesurées !
Bien plus fort que les lions, – les hommes et les boas
invisible menace dans les fourrés
J’aimerais tant rugir une dernière fois
Et courir au-delà des limites du raisonnable
dans les jungles urbaines, luxuriantes et bestiales
Pour m’élancer dans les sentiers – et les ruelles grouillant de vie !
Mon absinthe, tu me fais envie !

J’aimerais tant être un tigre
et arpenter mon territoire autour des 3 grâces
Bondir sur les tables de la terrasse du yam’s – Au milieu des lianes et des fougères
Sauter sur les toits – et admirer la lune
une dernière fois…
Effrayer les humains qui sortent du monoprix
Ronronner aux pieds de ma caissière préférée
Chasser les prédateurs intrusifs, – qu’ils soient des ours, des jaguars,
des gorilles, des chacals – ou des pythons
Au son de la guitare, du djembée de l’accordéon !
Mon absinthe, tu me rend fécond

J’aimerais tant être un tigre
et courtiser les belles tigresses
indomptables et dangereuses
graciles et courroucées
dédaigneuses et passionnées
Leur offrir en pâture les porcs, – les singes et les serpents
qui auraient le malheur de croiser mon chemin
Flâner outrageusement, confiant, – parmi les architectures sauvages
mon absinthe, tu me rend volage !

J’aimerais tant être un tigre !

UN TIGRE !

Un tigre…

Mais…

Mon absinthe,
angélique verte suisse 70cl,
je dois maintenant te remercier
Et te ranger dans mon placard
Tu m’as déjà trop fait rêver
Qu’est-ce que ça va être, plus tard,
quand je t’aurais vraiment goûté

A bientôt mon absinthe
Au plaisir de te revoir
Ton liquide verdâtre brille si intensément, dans le noir…